Chaque année, le mois de janvier met en lumière deux moments forts liés à la santé mentale: le Blue Monday, présenté comme «la journée la plus déprimante de l’année», et la Journée Bell Cause pour la cause, qui invite à briser les tabous.

Mais le jour le plus sombre, c’est parfois celui où quelqu’un qu’on aime décide de ne plus rester.

Derrière ces campagnes se cache une réalité plus vaste et bouleversante: des milliers de personnes au Québec vivent en silence une détresse profonde. Le suicide ne se résume pas à des chiffres. C’est un père, une amie, un collègue, un adolescent qu’on croyait souriant…

Quelques statistiques inquiétantes

Les chiffres pourraient être plus importants, car il faut garder en tête que certains suicides ou tentatives peuvent être «camouflés» dans les statistiques. Par exemple, des surdoses classées comme des accidents, des collisions routières sans témoin ou des noyades d’origine incertaine… Ces décès ne sont donc pas toujours comptabilisés comme des suicides dans les bilans officiels.

Quand la goutte fait déborder le vase

Le suicide n’a jamais une seule cause. C’est souvent la conjonction de facteurs de vulnérabilité (comme la santé mentale fragile, la neurodivergence, les traumas) et de facteurs précipitants, c’est-à-dire des événements qui déclenchent la crise.

Parmi ces facteurs déclencheurs:

Ces éléments ne causent pas à eux seuls le suicide, mais peuvent précipiter le passage à l’acte chez une personne déjà vulnérable.

Ces petits signes qui en disent long

Reconnaître les signaux précoces de détresse peut sauver des vies. Parmi les signes à observer, il y a:

Selon une étude du Québec (Université McGill / Étude longitudinale du développement des enfants du Québec), plusieurs jeunes montrent des signes avant-coureurs longtemps avant que les idées suicidaires soient exprimées clairement: symptômes internes comme la dépression ou l’anxiété, ou comportements externes (troubles du comportement) dès l’enfance. McGill University

Douance et neurodivergence: le revers de la médaille

Les personnes neurodivergentes (trouble du spectre de l’autisme, déficience intellectuelle, TDAH, douance, dyslexie, etc.) présentent un risque accru de comportements suicidaires.

Ces réalités exigent des interventions adaptées, où les différences cognitives et émotionnelles sont comprises et respectées.

Et les enfants?

On parle rarement du suicide chez les enfants, pourtant il est crucial d’en parler. Leur compréhension de la mort est différente de celle des adultes, et cela doit être pris en compte dans toute intervention. Il est important aussi distinguer l’envie de ne plus souffrir d’une situation difficile de l’envie réelle de mourir.

Comment ouvrir la discussion?

Avec un enfant, la prévention passe d’abord par l’écoute et par des mots simples. Voici quelques pistes:

Il est essentiel de comprendre que de parler ouvertement du suicide avec une personne en détresse n’augmente pas le risque. Au contraire, cela peut lui sauver la vie.

Le Blue Monday et la Journée Bell Cause pour la cause offrent une tribune précieuse, mais la prévention ne peut pas se limiter à une journée par année.

La santé mentale est un chantier quotidien. Repérer les signes, tendre la main, ouvrir le dialogue, ce sont des gestes simples qui sauvent des vies.

Si le quotidien est difficile, si des idées suicidaires surgissent, si un proche semble en détresse: on en parle, on tend la main.

Ressources d’aide

Sources

  1. Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) — Indicateurs de santé mentale et de suicide au Québec (2022-2023).
  2. Université McGill — Étude longitudinale du développement des enfants du Québec, sur les signes avant-coureurs des idées suicidaires.
  3. Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) — Prévenir le suicide : besoins et réalités des groupes spécifiques (DI, TSA).
  4. DIT-TSA & Suicide Québec — Mobiliser les milieux d’intervention autour de la prévention du suicide.
  5. Saccade — Répercussions de la condition autistique sur la détresse suicidaire.