Quand on parle d’intimidation, on imagine souvent la bagarre dans la cour d’école, la provocation directe (le fameux « On se r’joint au rack à bécyque à 3h! ») ou les insultes. Mais dans le quotidien des jeunes, l’intimidation se cache souvent ailleurs: dans les murmures, les silences, les exclusions subtiles.
C’est une forme d’intimidation plus douce en apparence, mais qui égratigne profondément. Ce qu’on appelle l’intimidation subtile, ce sont des sarcasmes déguisés en blagues, des yeux qui roulent, des conversations de groupe où un enfant n’est jamais invité, ou encore des publications mises sur les réseaux sociaux “juste pour rire”. Rien de dramatique à première vue. Mais pourtant…
Quand ça passe sous le radar des adultes
Ce qui rend cette forme d’intimidation si difficile à reconnaître, c’est justement qu’elle n’éclate pas au grand jour. Un enfant qui pleure ou qui se fait frapper, ça attire l’attention. Mais celui qui est ignoré jour après jour, exclu des jeux ou systématiquement laissé de côté, passe souvent complètement inaperçu.
Et même si ça ne paraît pas, les conséquences sont bien réelles: anxiété, isolement, chute de l’estime, difficultés scolaires, refus d’aller à l’école, pouvant même aller jusqu’aux idées suicidaires.
Au Québec, les chiffres parlent d’eux-mêmes: un jeune sur quatre de 12 à 17 ans rapporte vivre de l’intimidation régulièrement. RÉGULIÈREMENT. Et cette réalité ne se voit pas toujours dans la cour d’école.
Filles, garçons… et nuances
En général, les garçons sont plus souvent confrontés à l’intimidation physique, alors que les filles vivent davantage l’exclusion sociale et les rumeurs. Les formes changent, mais la souffrance, elle, est bien présente dans les deux cas. Et elle peut laisser des traces longtemps.
Douance et intimidation: un cocktail trop fréquent
Chez les jeunes doués, l’intimidation subtile est tristement fréquente. Leur différence, qu’elle soit dans la façon de penser, de ressentir, d’apprendre ou d’interagir, attire souvent l’attention… ou la méfiance des pairs. Plusieurs doués peuvent vivre:
• une impression de décalage
• une sensibilité émotionnelle plus grande
• une intensité qui dérange certains
• des intérêts différents de ceux du groupe
• des réactions fortes face à l’injustice ou au sarcasme
Pour ces jeunes, l’intimidation ne prend pas toujours la forme d’une attaque frontale. C’est plutôt:
• des commentaires sur le fait qu’ils soient « bizarres »
• des rires étouffés quand ils posent une question
• l’impression d’être “trop”: trop intense, trop sensible, trop passionné
• l’exclusion des groupes d’amis
• la perception d’être un « extraterrestre » dans leur propre école
Comme ils réfléchissent beaucoup (et longtemps), les impacts de ces gestes subtils se multiplient. Ils ruminent, interprètent, amplifient. Et parce qu’ils ressentent fort, la blessure est souvent profonde et la réaction, intense!
Pour eux, un soutien précoce et une compréhension de leur différence sont essentiels. Il faut leur donner un espace sécurisant, des adultes qui comprennent leur fonctionnement et des pairs qui apprennent à accueillir la diversité.
Intervenir: quoi faire, mais surtout quoi éviter!
La première étape, c’est de croire l’enfant ou l’ado. De lui laisser raconter ce qu’il vit, sans minimiser, sans mettre en doute, sans interpréter.
On doit aussi résister à la tentation de se concentrer seulement sur les réactions de l’enfant victimisé (“il crie”, “elle pleure”, “il refuse d’entrer”, elle a frappé l’élève…). Ces réactions ne sont pas le problème. C’est le signal d’alarme. La cause, c’est l’intimidation.
Un piège fréquent, c’est la médiation. L’intimidation n’est pas un conflit entre deux jeunes qui doivent « régler leurs choses ». C’est une relation de déséquilibre. Forcer une rencontre entre l’enfant victime et l’intimidateur peut accentuer l’insécurité et envoyer le message que c’est à eux deux de trouver une solution.
L’adulte doit intervenir clairement, protéger la victime, encadrer l’intimidateur et ne jamais laisser croire que l’enfant persécuté est responsable de régler la situation.
Comprendre l’enfant qui intimide
Un comportement d’intimidation n’arrive jamais par hasard. Il a une fonction secondaire: chercher du pouvoir, obtenir de l’attention, affirmer un statut, éviter de montrer sa vulnérabilité ou même reproduire ce qu’il voit à la maison ou sur le terrain de sport.
L’objectif n’est pas d’humilier l’enfant qui intimide, mais de l’encadrer. On doit lui apprendre d’autres façons d’exister dans le groupe: collaborer, gérer sa colère, attirer l’attention de manière constructive.
Le rôle des adultes comme modèles
Les jeunes observent tout. Si un adulte utilise le sarcasme, ridiculise ou exclut, le message passe très vite: “c’est correct de faire ça”.
À l’inverse, un adulte qui démontre du respect, de l’écoute et de la fermeté bienveillante devient un modèle puissant.
Apprendre à s’affirmer
On ne veut pas que l’enfant “réponde” ou devienne agressif. On veut qu’il sache:
• reconnaître qu’un geste lui fait mal
• dire calmement ce qu’il ressent
• demander de l’aide sans honte
• poser des limites claires
L’affirmation de soi, ce n’est pas la confrontation. C’est la protection.
Un pas à la fois
L’intimidation subtile est parfois invisible… mais jamais anodine. Elle laisse des traces, en particulier chez les jeunes sensibles, anxieux ou doués.
Comme parents, intervenants ou enseignants, on n’a pas à être parfaits. On doit être attentifs, crédibles, présents. Chaque fois qu’on nomme ce qu’on voit, qu’on encadre une situation ou qu’on soutient un jeune, on crée une petite brèche dans le cycle de l’intimidation.
Parce qu’au bout du compte, un seul adulte attentif peut changer toute l’histoire d’un enfant.
Si vous souhaitez avoir un accompagnement, tant pour la victime que pour l’intimidateur, visitez le site https://ordrepsed.qc.ca/.
Sources
•Institut de la statistique du Quebec
Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire – Données récentes sur l’intimidation et le climat scolaire.
https://statistique.quebec.ca
• Ministere de l’Education du Quebec
Plan d’action pour prévenir et traiter la violence et l’intimidation à l’école – Outils pour les milieux scolaires et les parents.
https://www.quebec.ca/education
• Observatoire sur la violence et la sante mentale en milieu scolaire
Données et analyses sur les différentes formes de violence, incluant l’intimidation subtile et relationnelle.
https://www.observatoireviolence.com
• Ordre des psychoeducateurs et psychoeducatrices du Quebec
Information sur le rôle du psychoéducateur et accompagnement des jeunes et des familles.
https://ordrepsed.qc.ca