« Maman, je m’ennuie! »
Avoue-le… cette phrase-là fait monter ton niveau de stress parental! Tu fais le tour des options: sortir un bricolage, proposer un jeu éducatif, inventer un parcours moteur dans le salon, ou même (oh scandale!), suggérer un petit 20 minutes d’écran juste pour retrouver ton calme intérieur. Parce que l’ennui, aujourd’hui, c’est presque vu comme une anomalie. Un manque dans la responsabilité parentale.
Et pourtant… l’ennui, ça a du bon. C’est même nécessaire.
Pourquoi l’ennui est important
Quand un enfant s’ennuie, son cerveau n’est pas “débranché”. Il est en pleine réorganisation interne. C’est un peu comme quand tu sors la boîte de bricolage: ça a l’air du chaos au début, mais ensuite, une idée finit par émerger, pis tu finis avec un beau collier en macaroni!
L’ennui permet à l’enfant de:
• créer spontanément (des histoires, des cabanes, des “inventions” douteuses, mais tellement sérieuses pour lui),
• découvrir ses intérêts réels (« Finalement, j’aime peut-être ça, jouer aux dragons dehors… »),
• développer la tolérance à la frustration (un superpouvoir utile… même pour les adultes!),
• devenir plus autonome.
C’est la fameuse magie du « Je ne sais pas quoi faire »… suivie cinq minutes plus tard d’un enfant qui transforme une boîte de céréales en fusée intergalactique.
Pourquoi c’est si difficile de les laisser s’ennuyer?
Parce qu’on vit dans un monde où il faut performer, occuper, stimuler. Les journées des enfants ressemblent parfois à un horaire de premier ministre: école, activités, devoirs, pratiques, bains, dodo… Et dans chaque petit moment de calme, hop! les écrans s’en mêlent. Ils deviennent la solution rapide à l’ennui.
Résultat: un enfant peut être complètement déboussolé quand il se retrouve devant… rien.
Et comme parent, on ressent une pression immense. Le fameux syndrome du « bon parent toujours pédagogique et créatif ». On se dit: « S’il s’ennuie, c’est sûrement que je ne fais pas assez… » Alors que non, pas du tout.
Quand l’enfant est doué… l’ennui prend une autre couleur
Chez les enfants doués, l’ennui n’est pas juste une pause. C’est une mini-crise existentielle. Leur cerveau roule vite, comprend vite et… se lasse vite.
Exemples que tu reconnaîtras peut-être si tu es parent ou enseignant d’un doué:
• l’enfant qui finit une page d’exercices avant même que tu aies fini de lire la consigne,
• l’enfant qui soupire si fort pendant une activité répétitive que même le chat lève les yeux au ciel,
• l’enfant qui te dit: «Je le sais déjà, peux-tu me donner quelque chose de plus difficile?», «Pourquoi je dois faire ça, j’ai compris et c’est unitile!» alors que toi, tu essaies juste d’aider avec les devoirs.
Un enfant doué qui s’ennuie peut décrocher, chercher la stimulation ailleurs (parfois… de façon moins souhaitable!), ou devenir anxieux parce que rien ne vient nourrir sa curiosité.
Pour eux, l’ennui n’est pas à éviter: il est à apprivoiser, parce qu’il fera partie de son quotidien toute sa vie. On peut les guider vers des projets plus vastes, des explorations profondes, des défis ouverts. Pas juste multiplier les petites activités “mignonnes”.
Les écrans et le FOMO: quand l’ennui devient un “danger”
Les écrans ont changé beaucoup de choses. Ils sont rapides, faciles, toujours disponibles, et surtout… ils nourrissent le FOMO (Fear Of Missing Out): la peur de manquer quelque chose.
Et là, ça devient difficile pour les enfants et les ados… (et les adultes aussi, soyons honnêtes!).
Un exemple que tu as peut-être déjà observé:
• Ton ado regarde son cell. Rien de neuf. Il rafraîchit. Toujours rien. Mais il continue… juste « au cas où ».
• Un enfant arrête un jeu pour aller vérifier si un ami joue à Fortnite, pour ne pas “manquer le party”.
• Une adolescente refuse de se coucher parce que « tout le monde est encore sur Snapchat ».
Soudain, s’ennuyer n’est plus juste inconfortable: c’est perçu comme être “en retard”, “pas dans la game”, “à côté de la vie”.
Le FOMO rend les moments de calme beaucoup plus anxiogènes. Le vide devient un danger. L’enfant en vient à croire qu’il doit être branché, partout, tout le temps, pour ne rien rater. Et plus il fuit l’ennui grâce aux écrans, moins il apprend à vivre le calme. Son cerveau oublie comment se recentrer, s’écouter, rêver.
Les bienfaits de l’ennui à long terme
Un enfant qui apprend à tolérer l’ennui devient un adulte qui:
• gère mieux les imprévus,
• supporte mieux la frustration,
• sait se recentrer,
• devient créatif dans sa façon de s’occuper et de résoudre des problèmes,
• peut vivre avec le fait de ne pas être toujours dans l’action.
L’ennui, c’est comme un petit muscle intérieur: plus on le travaille, plus il devient performant.
Quelques pistes concrètes à la maison
• Résiste à la tentation d’être un animateur de camp de jour 24/7.
• Planifie de vrais moments “off”. Pas d’écran. Pas d’objectif. Juste… du temps.
• Laisse traîner du matériel simple: papier, crayons, Lego, cartons, boîtes, tissus… Les meilleures idées viennent souvent de presque rien.
• Pour les enfants doués: encourage les projets personnels, les passions profondes, les défis autodirigés.
• Parle ouvertement du FOMO. Dédramatise-le. Explique que tout le monde rate des choses… et que ce n’est pas grave.
• Normalise l’ennui: « L’ennui, ça fait partie de la vie. Et ça fait du bien aussi. »
L’ennui n’est pas un vide à combler. C’est un espace à habiter. Un moment où l’enfant apprend à se connaître, à créer, à réfléchir, à respirer. Chez l’enfant doué, c’est parfois un défi plus grand, mais aussi une occasion incroyable de nourrir sa curiosité autrement.
Et avec les écrans et le FOMO qui poussent fort, apprendre à s’ennuyer devient un vrai acte de résistance. Une compétence précieuse. Un cadeau qu’on peut offrir à nos enfants… et à nous-même!
Sources
Naître et grandir L’ennui chez l’enfant; Le jeu libre et la créativité.
Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) L’usage des écrans chez les enfants et les adolescents; Développement des capacités d’autorégulation. Gouvernement du Québec.
Observatoire des tout-petits
Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS)
Douance Québec. L’ennui, la sous-stimulation et les besoins particuliers des enfants doués.
Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ)