Ton enfant a peur de l’échec? Il panique parce qu’il a fait une petite erreur dans son devoir? Il refuse de remettre un travail tant qu’il n’est pas « impeccable »? Ou il se bloque devant un exposé seulement par peur de se faire rire de lui? Bienvenue dans l’univers ô combien épuisant du perfectionnisme et de l’anxiété de performance.

Plusieurs enfants peuvent s’effondrer ou se désorganiser pour une petite erreur, s’inquiéter pour un devoir pourtant réussi, ou pleurer devant un 92 % sur le bulletin, qu’il perçoit comme un désastre. Ces réactions peuvent étonner, mais la peur de l’échec est bien plus répandue qu’on l’imagine.

Une réalité qui frappe

Au Québec, l’anxiété chez les jeunes est une réalité confirmée par L’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire (2022-2023). Menée auprès de plus de 70 000 élèves, l’enquête révèle des chiffres qui donnent froid dans le dos. À Montréal, près d’un élève sur trois présente des symptômes d’anxiété généralisée. Et dans plusieurs régions du Québec, près de 4 jeunes sur 10 vivent une détresse psychologique importante.

Les études internationales montrent d’ailleurs la même chose. Les adolescents qui réussissent le mieux ne sont pas ceux qui évitent l’erreur à tout prix, mais ceux qui apprennent à vivre avec. Ceux qui se trompent, qui recommencent, qui ajustent le tir et qui continuent d’avancer. Ce n’est pas la perfection qui les fait grandir, c’est la capacité d’essayer encore, même quand ce n’est pas parfait.

Perfectionnisme vs anxiété de performance

Le perfectionnisme, c’est vouloir que tout soit impeccable, comme si chaque devoir devenait un examen de fin d’année. L’enfant vise très haut, parfois trop. Ça peut mener à de beaux efforts, mais aussi à de grands découragements.

Quand l’enfant efface tellement, qu’il finit par trouer la feuille, qu’il recommence tout un paragraphe pour un mot un peu croche, ou qu’il pleure parce qu’un titre n’est pas parfaitement centré, on peut parler de perfectionnisme.

L’anxiété de performance, elle, c’est la peur d’échouer ou de décevoir. Les journées d’examen prennent soudain des airs de marathon émotionnel: mal de ventre en se levant, refus de déjeuner, larmes en enfilant les bottes… et un cerveau qui fige complètement une fois devant la feuille.

Les deux ne sont pas pareils, mais ils vont très bien ensemble (malheureusement!). Un perfectionniste peut se mettre à craindre chaque petite erreur. Un enfant anxieux peut croire que « tout contrôler » va le rassurer. Pourtant, ça ne fait qu’ajouter une couche de pression.

Petit indice: vouloir tout contrôler, c’est comme essayer de plier des draps contour parfaitement. Même après plusieurs années de pratique, le résultat restera toujours un peu… imparfait!

Les indicateurs

Quand un enfant recommence dix fois le même devoir, qu’il a mal au ventre juste avant un exposé, qu’il se met à pleurer pour un 92 % ou dit qu’il préfère ne rien faire si ce n’est pas « parfait », ce n’est pas du chialage ni des caprices. Ce sont de vrais signaux que quelque chose pèse lourd pour lui et ça mérite toute notre attention.

Quand on parle de douance… on parle souvent d’intensité

Chez les enfants doués, perfectionnisme et anxiété de performance sont fréquents, mais pas pour les raisons habituelles.

Ces jeunes pensent vite, ressentent fort, remarquent tout, anticipent mille scénarios et se fixent souvent des attentes… disons ambitieuses. Leur cerveau roule à 200 km/h, et leurs émotions suivent le même rythme.

Concrètement, ça peut ressembler à:

• Une erreur minuscule peut prendre des proportions démesurées.
• Une remarque de l’enseignant (« Fais attention à tes verbes ») devient une remise en question existentielle.
• Vouloir tout comprendre, tout maîtriser… MAINTENANT.
• Leur sens aigu de la justice fait qu’une erreur devient une injustice personnelle.
• Une mémoire d’éléphant qui refuse d’oublier leurs « échecs ».

Par exemple, quand l’enseignant dit : « Refais juste la dernière phrase », la plupart des enfants corrigent la dernière phrase. Un enfant doué perfectionniste peut considèrer refaire tout le texte, l’introduction, le vocabulaire, la mise en page… et peut-être écrire un guide sur la rédaction. Il fond ensuite en larmes parce qu’il n’a plus le temps.

Et l’exposé sur les volcans?
Ça devient une enquête scientifique, un documentaire, une maquette en pâte à sel… et une crise parce que « la couleur de la lave n’est pas réaliste ».

Ce n’est pas dramatique en soi, mais c’est intense pour eux… et pour leur entourage.

Comment on fait pour réduire la pression?

Installez un petit rituel familial où chacun partage une erreur de sa journée et ce que ça lui a appris. Le but est de démontrer que se tromper, ça fait partie de la vie. Ajouter une touche d’humour en racontant ta gaffe du jour (avoir brûlé le souper, inversé les lunchs, appelé ton enfant par le nom du chat), ça dédramatise l’erreur… et tout le monde respire un peu mieux.

Les « T’es bon », « T’es intelligent » mettent souvent de la pression. On mise plutôt sur ce que l’enfant contrôle: son effort, sa persévérance, ses stratégies.

Par exemple, dire: « Tu as travaillé fort », « Tu t’es essayé malgré ton stress », « Tu t’es relevé »,  aide à comprendre que la réussite se construit, pas qu’elle doit être prouvée. On doit rappeller souvent que ce qui compte vraiment, c’est le processus et non seulement le résultat final.

Les enfants perfectionnistes ne savent pas où mettre le frein, la limite. Décidez ensemble ce qui est « assez bon »: une seule relecture, un plan simple, un dessin pas trop détaillé. Ça évite de transformer un devoir de 15 minutes en projet d’une heure et demie.

On peut pratiquer la tolérance à l’erreur comme un sport. Laisser une petite ligne sur le dessin, lever la main sans être sûr, remettre un devoir même si un mot est un peu croche… ça apprend que rien ne s’écroule quand ce n’est pas parfait. Présenter ça comme un défi « d’imperfection contrôlée » fonctionne souvent très bien, surtout avec les jeunes doués.

Un enfant fatigué on en surcharge réagit plus fort. Le manque de sommeil et trop d’écrans font souvent grossir les problèmes et les émotions. Une routine de dodo stable, des pauses d’écran et un moment calme avant le coucher, ça change beaucoup plus de choses qu’on pense.

Le rôle de l’école : un allié essentiel

Les enseignants peuvent vraiment aider à diminuer l’inconfort. Clarifier leurs attentes, fractionner les tâches, permettre les brouillons, allonger les délais, espacer les évaluations sont de petites adaptations qui ont un énorme impact pour les jeunes anxieux ou perfectionnistes.

Quand consulter?

Le perfectionnisme et l’anxiété de performance ne sont pas des signes de faiblesse, mais souvent l’expression d’un jeune qui essaie très fort de répondre aux attentes. Les siennes et celles qu’il croit percevoir. Pour certains, surtout ceux qui vivent tout avec intensité, cette pression devient rapidement envahissante.

Le rôle des adultes est alors essentiel: ralentir avec lui, normaliser l’erreur, valoriser les efforts plutôt que la note. Ces gestes créent un espace où l’enfant peut respirer, apprendre et comprendre qu’il n’a pas besoin d’être parfait pour être compétent et apprécié.

Accompagner un jeune, c’est l’aider à développer sa confiance, à apprivoiser l’imperfection et à oser essayer encore. Souvent, quelques gestes simples suffisent pour amorcer de vrais changements (une phrase rassurante, un regard bienveillant, un moment pour faire le point).

Un soutien professionnel peut aussi être précieux. Consulter en psychoéducation https://ordrepsed.qc.ca/ peut être aidant si l’enfant évite certaines situations, se dévalorise souvent, pleure fréquemment, somatise (maux de ventre, maux de tête) ou vit des crises importantes liées à la performance.

Accompagner un jeune, ce n’est pas retirer toute la pression. C’est l’aider à respirer autrement, à se parler avec plus de douceur et à avancer un pas à la fois.

Sources

• Institut de la statistique du Quebec
Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire (2022-2023) – Données récentes sur l’anxiété et la détresse psychologique chez les adolescents.
https://statistique.quebec.ca

• Centre d’etudes sur le stress humain
Capsules et articles vulgarisés sur le stress, l’anxiété et le fonctionnement du cerveau chez les jeunes.
https://www.stresshumain.ca

• Naitre et grandir
Articles accessibles aux parents sur l’anxiété de performance, l’estime de soi et le développement émotionnel.
https://naitreetgrandir.com

• Alloprof Parents
Ressources concrètes pour comprendre le perfectionnisme, l’anxiété scolaire et soutenir son enfant à la maison.
https://alloprof.qc.ca/parents